Par Fabien David

Dans son plus simple appareil. Aller à la rencontre du site, du terrain, du lieu. Après avoir rencontré des personnes, des gens, qui m’ont parlé du site, qui m’ont expliqué leur point de vue sur ce plateau, je me suis dit qu’il fallait que j’aille vérifier par moi même. Aller vérifier en s’affranchissant de ce que j’ai pu entendre, s’affranchir des barrieres, des codes, de tout. Ressentir directement le site, avoir les impressions directes sur soi, le contact. C’est pour ça que j’ai pratiqué le site dans la manière la plus «simple», à savoir nu. C’est une évidence, voire même une sorte de pléonasme : dans le nu, c’est l’homme qui est dénudé. Pour pouvoir être nu, il faut bien pouvoir être vêtu ! Cette remarque d’une banalité a le mérite d’attirer mon attention sur ce dont je veut parler, à savoir les impressions, les émotions corporelles, sensorielles, émotions qui nous sont propres à nous, à savoir l’homme. Pourquoi cela ? On pourrait penser qu’en se dénudant, c’est précisément son humanité, ou quelque chose de constitutif de celle-ci, qu’on perd. En effet, le vêtement n’est-il pas lui aussi « le propre de l’homme « ? En conséquence, doit-on dire que le nu a pour fin de nous renvoyer à une sorte d’ « état de nature « de l’homme ? Si tel était le cas, l’homme nu devrait être dépeint au pire comme une bête, au mieux comme un être si proche de la nature qu’on serait en peine de dire s’il est homme ou bête. Or, dans l’art, pourtant, ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, dans le nu, les corps y ont généralement une sorte de perfection, les peaux sont presque trop blanches, les courbes trop gracieuses, le poil en est souvent absent, les poses dénotent une noblesse et une dignité peu communes, les décors et l’environnement n’ont rien de sauvage et il est très fréquent de pouvoir admirer des dieux et des déesses anthropomorphes parmi ces oeuvres. Le réalisme, le classicisme, le romantisme, le cubisme…, répondent différemment à la question.
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